Tout savoir sur le lâcher-prise – Vairāgya

Cet article est un éclaircissement du sutra de Patanjali

I.12 Abhyāsa Vairāgyābhyām tan-nirodhah.
Le contrôle des fluctuations de l’esprit s’obtient à la fois par la concentration, l’attention ferme et le détachement, le lâcher-prise (abhyasa et vairagyabhya).

Constats

Dans les yoga-sutra de Patanjali, le sutra II .15 considère que dans le monde manifesté, la douleur (duḥkha) provient en partie de ce que nous sommes soumis aux conflits nés de l’activité et l’agitation des guṇas, les 3 modalités énergétiques de la matière (sattva, rajas et tamas), qui perturbent l’équilibre. Ces agitations rendent le monde en perpétuel changement et nous empêchent de nous y installer de façon durable.
II. 15. Pour le sage, tout contribue à la souffrance: le changement, notre désir de changer,
notre difficulté à modifie r nos habitudes et même les changement des qualités fondamentales
de la nature – les guṇas (les énergies à l’œuvre dans l’univers)

Le discernement (vivekin) permet de distinguer cela.

L’absence de discernement rend vulnérable à l’agitation des guṇas.

La nature est un échange perpétuel entre les paires d’opposés (Puruṣa, Prakṛti, etc).

Pariṇāma : tout change ! Tout désir d’immobiliser les évènements et les êtres (l’attachement), d’aller à l’encontre de l’activité des guṇas, engendre la douleur.

L’attachement crée la douleur car le changement né de l’agitation des guṇas est permanent.

D’où vient l’attachement ?

II.7. Le désir de prendre est lié à la mémoire du plaisir.

Dés qu’une satisfaction est atteinte, de nouvelles envies créent un manque, une insatisfaction.

Vouloir que quelque chose se passe d’une manière préconçue, c’est souvent vouloir reproduire une expérience vécue agréable. Mais on ne peut reproduire les mêmes choses, car le changement est permanent.

Pourquoi lâcher prise ?

Lâcher prise évite l’attachement à l’illusion des objets perçus par les sens et donc évite la douleur engendrée par cet attachement.

De plus, parce que la libération, le samadhi, s’obtient par l’arrêt des perturbations du mental.
Or, le sutra I.30 explique que parmi différentes choses, le fait de ne pas réaliser ce que l’on a projeté est un obstacle qui disperse la conscience. Autre intérêt donc du lâcher-prise, réduire la dispersion de la conscience.

I.30 Les obstacles sur le chemin du yoga apparaissent sous forme de maladie, de lourdeur,

de doute, de frénésie, de paresse, d’impatience, erreur de jugement ou difficulté d’atteindre

nos buts et les maintenir. Ces obstacles causent l’agitation mentale.

 

Le lâcher prise est un outil vers l’arrêt des perturbations du mental. Le lâcher prise est une nécessité pour l’atteinte de l’état de yoga. De plus,

II.37 Lorsque le désir de prendre disparaît, les joyaux apparaissent.

Abandonner le désir de prendre c’est lâcher la prise, lâcher prise, abandonner le volonté de saisir la vie, en la maîtrisant. En étant ouvert, disponible, sans désir de maîtrise, on peut recevoir la clarté, le contentement. Les choses simples deviennent belles.

Quels sont les obstacles au lâcher-prise ?

  • La complaisance dans le plaisir et la douleur éprouvée par l’attachement aux objets perçus par les sens.
  • La crainte d’éprouver de la peur ou de l’ennui en l’absence de cet attachement.

Ex. S’attacher à un être risque d’engendrer de la douleur car rien n’est permanent, ni cet être, ni la relation établie. Tout change. Ce qui n’empêche pas d’aimer, mais sans attachement.

Les différents degrés dans le détachement.

Quand Patanjali fait-il appelle au lâcher-prise ?

Des le premier chapitre, il met l’accent sur ce concept.

I.12 Abhyāsa Vairāgyābhyām tan-nirodhah

L’arrêt des pensées automatiques s’obtient pas une pratique intense dans un esprit de lâcher-prise. (la pratique couplée au détachement)

Il nous explique là encore que les contraires coexistent, qu’ils se marient (bhyam).

D’un côté, l’attention (la pratique intense) et de l’autre, le détachement. On apprend donc que le détachement ne doit pas se faire de manière isolée, mais qu’il doit être couplée à l’attention.

Abhyāsa et Vairagya vont de paire, comme les deux faces d’une monnaie, l’un renforçant l’autre et vice-versa. On peut aussi dire que Viveka, la discrimination fait le pendant nécessaire de Vairagya, le détachement.

Le I.13 et I.14 expliquent Abhyāsa.

Le I.15 et le I.16 expliquent Vairagya, qui nous intéresse particulièrement ici.

I.15 drsta-anusravika-visaya-vitrsnasya vasikara-samjna vairagya

Le détachement (non-attachement) est induit par un état de conscience totale qui libère du désir face au monde qui nous entoure.

Lorsqu’il n’y a plus d’attirance pour les objets offerts à nos sens et les désirs imaginaires, en parfaite conscience, il y maîtrise du lâcher-prise.

Les obstacles sur le chemin du yoga et les causes de la douleur sont de deux types. Celles qui sont liées à nos organes sensoriels et celles liées à notre imagination. Faire disparaître les désirs crées par nos sens ou notre imagination (ce que l’on nous a dit sur un pays, un objet, une expérience). Ne plus êtres sous l’emprise de ces désirs c’est atteindre un haut degré de détachement. Il ne s’agit pourtant pas de rejeter, mais de reconnaître le fonctionnement des organes des sens : viveka.

Par exemple, si vous souhaitez avoir chaud quand il fait froid et avoir froid quand il fait chaud, vous serez toujours insatisfaits. Si vous rêvez d’être à la montagne ou à votre scéance de yoga lorsque vous êtes au travail, vous subirez la douleur d’un désir insatisfait. Si vous attendez le prince charmant, vous pourrez attendre longtemps ! Vous avez une idée figée de ce qui doit être, or toute est en changement dans le monde manifesté de la Prakritti.

I.16 tatparam purusha kyateh guna vaitrsnyam

Le plus haut degré dans le lâcher-prise c’est se détacher des gunas grâce à la conscience du soi.

Il y a plusieurs degrés dans le détachement, celui qui est décrit ici est supérieur au précédant.

Ceci est le but suprême, l’unification avec le Purusha. Les moyens de ce but sont diverses et font l’objet des yogasutras !

On revient donc aux 3 gunas. Le manifesté (Prakriti) est soumis aux activités des 3 gunas.

La connaissance du soi c’est également prendre conscience de la modalité tamasique, rajasique ou sattvique de nos comportements et des évènements. L’observation du manifesté et sa prise de conscience permettent de s’en détacher.  Mais la conscience du soi, c’est aussi prendre conscience du principe spirituel en soi, le Purusha qui lui, n’est pas soumis aux activités des gunas.

Une forme de Vairagya même incomplète est préférable à pas de vairagya du tout.

Méthode : comment lâcher-prise ? Les différentes formes de Vairagya

De vitarka à vicara

Vi : séparation, opposition

Le yoga peut-il nous permettre de renouer avec la vision traditionnelle qui fut celle de tous les hommes la modernité ? Sentir l’extérieur se réaliser en nous (1) plutôt que nous réaliser en agissant sur l’extérieur (2) ? Etre instrument de la réalisation universelle. Si je vous parle de manière à essayer de me faire comprendre de vous, ce n’est pas l’extérieure qui me fait écrire ainsi mais c’est que je suis un élément de ce qui existe à cet instant là.

Vairagya (ce qui fait passer de vitarka à vicara) = rester avec la sensation sans chercher à ce qu’elle prenne le dessus sur l’observation.

Vairagya, la disponibilité

Vayragya (raga = passion, vi = négatif) signifie absence de passion, d’attachement. Il s’agit de ne pas s’impliquer émotionnellement, ne pas s’identifier. Etre en Disponibilité. Aucun doute, accepter ce qui est, c’est finalement lâcher prise ! C’est accepter les changements de directions par rapport à ce que l’on a prévu, par rapport à une continuité « attendue ». C’est être disponible aux changements. C’est, par exemple, ne pas être contrarié si une personne arrive en retard à un rendez-vous et de ne pas être tranquille tant que ce rendez-vous n’est pas passé. C’est une ouverture à ce qui est sans attachement aux conséquences. C’est donc ne pas être continuellement dans l’attente de quelque chose. Ne pas être sans arrêt en train de faire quelque chose pour que cela porte des fruits dans le futur. Dès que l’on dit, « il faut que je » ou bien, « je veux », se crée un sentiment d’incomplétude. Se crée la pensée qu’il y a quelque chose à saisir… Une prise… C’est ne jamais être dans l’attente ou le manque de quelque chose de particulier, c’est laisser une ouverture pour l’imprévu.

Cela pose quand même la question : comment me préparer à l’avenir ? Mettre de l’argent de côté, avoir un toit qui ne s’écroule pas, être certain de pouvoir nourrir mes enfants ? Tout en ne se positionnant pas dans le futur ?

R : il n’y a pas d’œuvre à achever. Ce qui n’empêche pas d’agir.

Pour le changement climatique, je me suis longtemps engagée. Et puis j’ai lu cette phrase de Shantideva :

Si tu peux résoudre un problème, à quoi bon t’inquiéter ?

Et si tu ne peux le résoudre, à quoi bon te faire du soucis ?

L’action peut exister sans l’inquiétude sur ses conséquences.

=> Détachement par l’ouverture aux changements nés de l’agitation des gunas.

Vairagya, par le discernement

Cela implique la connaissance et un certain discernement car, ne pas s’identifier, c’est déjà avoir conscience de ce que l’on n’est pas. En comprenant les modalités de fonctionnement de l’univers et du soi, on parvient à ne pas s’identifier et donc, à se détacher.

Vairagya, le détachement, n’exprime pas le rejet ni la fuite. Il sous-entend une qualité de paix, une qualité ferme mais tranquille. C’est une distanciation sans répulsion. Pour arriver à ce degré, il faut bien passer par certaines expériences. Progresser, c’est abandonner l’état précédant pour avancer…

Le meilleur moyen de maîtriser les organes des sens est de leur face et non de les fuir. Pas besoin pour cela de vos retirer en ermite dans les Alpes ou dans un monastère.

L’intention n’est nullement de subjuguer les organes des sens ni de les asservir, il s’agit plus simplement des les organiser pour réaliser totalement une action. Si vous essayez de repousser les organes des sens de l’action, vous n’êtes ni ici, ni ailleurs. Vous vous partagez au lieu d’être entièrement dans l’acte à accomplir. Beaucoup de gens culpabilisent ainsi en voulant faire A tout en faisant un peu de B en même temps.

Ex. Je donne une séance de yoga. Mon travers est de vouloir aller vite. Je ne laisse pas aux gens le temps d’être dans la posture, je les engage déjà dans la posture suivante car je pense à l’ensemble de ma séance et j’ai simplement la vision de l’ensemble réalisé. A peine, je commence que je me vois déjà avoir fini.

Cela veut dire aussi peut-être, proposer moins de posture que ce que j’avais prévu. Donc ne pas m’identifier dans l’égo. Revoir mes ambitions, la qualité prenant le pas sur la quantité. Savoir dire non à certaines choses pour mieux en laisser d’autres s’épanouir, vous notamment.

Ce n’est pas ce que j’ai fait en voulant proposer un enseignement, une pratique et un atelier. On verra s’il sera nécessaire d’en éliminer ! Si vous me poser beaucoup de questions sur l’enseignement, ce sera peut-être nécessaire !

ð     Lâcher prise (vairagya) par la non-identification

Lâcher prise en laissant émerger les contraires

IV.3Nimittan a-prayojakam prakritinam verana bedhas tu tatah kshetrika-vat

 « Comme le paysan romp la digue qui empêche l’eau de s’écouler sur ses terres, l’élimination des obstacles est à l’origine de toute transformation. »

Le volontarisme est inutile, la lâcher prise essentiel. Mais on ne peut lâcher que ce que l’on a (l’ego). En calmant l’agitation du mental, en éliminant les imprégnations énergétiques qui nous encombrent, on permet à l’énergie de vie de circuler en nous, librement, comme l’eau de la rivière. On ouvre un passage et l’eau s’écoule d’elle-même. On ne change pas aisément le lit(sillon) d’une rivière. Le changement forcé est contre nature et ne s’enracine pas. L’initiateur du changement n’impose rien, il écarte les obstacles et laisse faire (laisse circuler les énergies de vie). Ainsi doit agir un professeur de yoga avec ses élèves. Susciter le retrait des obstacles qui empêchent la transformation favorable.

II14Si un acte est juste, adéquat, il engendrera un effet bénéfique, une énergie positive. Etre, dans l’instant à rechercher l’équilibre, permet d’engendrer de effets positifs.

Lâcher prise signifie également rééquilibrer notre rythme naturel entre prise en main et relâchement, activité et passivité, éveil et sommeil.

Dans nos sociétés, lâcher prise est souvent synonyme de paresse, d’apathie. En fait, c’est tout le contraire (encore des contraires !).

Lorsque l’on veut se défaire d’un comportement, il ne faut pas lutter, cela crée une opposition en soi, une rupture. Il faut juste être conscient, comme cela vient.

Face aux situations de crise ou de malheur, lâcher prise c’est accepter le changement, celui-ci pouvant aussi amener des évènements plus favorables. C’est comprendre notre part de responsabilité dans ce malheur et éviter que les causes ne se reproduisent. La pratique du chant, des asanas, de la respiration, de la méditation sont des moyens de réquilibrer les déséquilibres.

Le II.33 « II.10 Quand les causes de souffrance sont légères, on peut les éliminer en les prenant à contre-courant et les renvoyer à la source ».

Inverser le processus habituel par lequel le mental nous entraîne dans des raisonnements basés sur le passé et nous coupe de notre conscience profonde. Cela  résonne avec l’idée de « Laisser se manifester les contraires », s’appliquant aux pensées. Les pensées sont également soumises à la « vritti », l’agitation des gunas. Laisser se manifester les contraires, c’est rétablir l’équilibre.

ð     Il ne s’agit pas d’un total lâcher prise mais de s’ajuster à ce qui est, en équilibrant notre attention au lâcher prise, avec attention à ce qui est.

Lâcher prise par le contentement

Pourquoi des personnes qui vivent en France, avec de la nourriture, un climat agréable, se plaignent ? Elles devraient prendre plaisir. Ailleurs, des personnes ont d’énormes manques de nourriture, d’eau, de toit et malgré cela arrivent à être heureux. Le bonheur profond et durable est à l’intérieur et non dans les conditions extérieures, matérielles et les plaisirs des sens.

Pourquoi veut-on saisir quelque chose ?

Abhyasa c’est tout ce qui va être fait pour (exercices, lectures, réflexions) pour purifier le corps et le mental et les maintenir dans un état stable, non perturbé. C’est l’effort de volonté et d’intelligence qui ne peut d’établir qu’avec Vairagya.

Lâcher prise c’est aussi ne pas se laisser dominer par les objets du désir et par le désir lui-même surtout. On en arrive à aimer avoir du désir, à le stimuler, à créer les besoins, par exemple la publicité. Par le contentement, l’attachement excessif (raga) perd de sa force. Les sentiments de jalousie, d’insatisfaction et d’agressivité disparaissent. L’go (asmita) a besoin de perdre de sa puissance pour laisser la place au contentement.

Ex. Rémi s’installe tranquillement pour méditer dans sa chambre. A ce moment, la télé de son voisin résonne de milles sons parasites qui transpercent le mur jusqu’à ses oreilles. Rémi s’énerve car il voudrait du silence pour sa méditation. Il veut simplement être tranquille. Bon, le voisin va bien arrêter la télé quand il verra qu’il n’y a rien d’intéressant. Ca ne va pas durer longtemps. Mais ca dure et chaque instant de bruit est un supplice. Il aurait tant voulu méditer en paix, à ce moment là. Résultat, il est plus énervé qu’avant et il en veut beaucoup à son voisin. Lâcher prise c’est dans ce genre de situations, oublier le bruit et si l’on voit que ce n’est pas possible, oublier son envie de méditer et la reporter à plus tard, profiter de ce temps pour autre chose, par exemple pour se demander pourquoi le bruit nous dérange, ou bien, aller à la cause de cet effet perturbant et demander à son voisin de faire du silence quelques temps !

Le contentement c’est svadharma : le sentiment d’être à sa place, en accord avec ce qui est, ce que l’on est et ce que l’on fait (actes). C’est une attitude qui renvoit à l’équilibre. Et qui trouve sa place dans le cœur. Le centre du contentement (comme de l’amour, la disponibilité, l’ouverture) est le cœur.

Le contentement se cultive. C’est savoir apprécier les « petits riens de la vie » et la vie : de la beauté d’un nuage, de la beauté du changement (nuage gris), de la crise aussi (orage). C’est être présent à ce que nous faisons. C’est aussi jouir de l’instant ?

Lâcher prise par abandon à Ishvara

Prendre conscience de l’activité des gunas et l’accepter c’est aussi s’abandonner à la force en œuvre dans l’univers qui fait référence à Ishvara pranidaha.

On peut aussi atteindre le lâcher prise, la relaxation intérieure par l’abandon  en confiance à Dieu.

I.23 Ishvara pranidhanad va.

Lâcher prise, s’abandonner à ce qui nous dépasse.

Pranidhana = dévotion par rapport à une force toute puissante mais aussi désir de savoir ce qu’est cette force.

Alors les obstacles (autogénérés que l’on crée) disparaissent. Il ne s’agit pourtant pas d’aller à Dieu comme on va au marché en lui demandant de nous retirer les obstacles. Lâcher prise vis-à-vis de la recherche de l’éveil.

La source d’ignorance et donc de douleur revient à chercher son salut dans la Prakriti, qui est changement au lieu d’être en relation avec l’entité immanente d’Ishvara.

Ishvara n’est pas soumis à l’influence des kleshas (les afflictions).

II.45 pure conscience par abandon à l’absolu

II.1 Tapah-svadhyaya-ishvarapranidhanani kriya yoga.

Elimination (tapas), svadhyaya (connaissance) et ishvarapranidhanani (agir sans être tourmenté par le fruit de nos actions, en étant plus intéressé par la qualité de l’action que par ses conséquences, qu’on laisse à la grâce de Dieu. Ishvarapranidhanani : l’attitude par rapport aux résultats de nos actions.

Le lâcher prise est un abandon, comme dans le sommeil, avec l’attention bien présente. Comme en méditation.

Si vous voulez considérer qu’Ishvara est Dieu ou bien le fruit de vos actions, la loi de cause à effet, Patanjali vous laisse choisir !

Le fruit de mes actes : « Que ta volonté soit faite ». Accepter tel ou tel évènement ressenti dans la douleur.

L’abandon à Dieu est une possibilité, mais il y en a d’autres.

Lâcher prise, comme un saut à l’élastique = il fauta voir confiance (Ishvara pranidhana) et ne pas tout lâcher non plus. Garder Viveka (l’attention) présente (les élastiques).

Ne pas rechercher les fruits de l’action tout en étant présent à ce que l’on fait (et chercher à le faire de manière juste). Escompter un résultat, c’est se projeter dans l’avenir et l’action, elle, ne peut se projeter dans le présent.

Abandon des fruits, sans frustration.

Le yoga est autant la pratique que le renoncement. C’est le sens du kriya yoga, yoga de l’action.

Selon la Bhagavad Gitâ, « Dieu est dans le cœur de chacun ». La clarté intérieure, Ishvara se trouve en chacun de nous. C’est une force présente en chaque être, à la source de tout.

Lâcher prise par le cœur

Jung indiens cœur.xx

On fait confiance avec le cœur. S’abandonner à Dieu c’est rejoindre son cœur.

Avec le cœur, nous pouvons percevoir l’instant dans la continuité.

III.34 (ou 35) Hrdaye citta samvit

Si on fait samyasa sur le lieu du cœur, il y a perception de l’état de conscience. On obtient la connaissance de la partie la plus intime de l’être.

La réflexion de purusha en nous est placée par tradition dans le cœur.

Le cœur est entre Chandra (la lune, notre nectar, nos potentialités) et Mula (notre enracinement dans le réel) seul lieu sans tension entre ces deux pôles.

La source du bonheur permanent se trouve comme un jaillissement de clarté et de sérénité logé dans notre cœur.

Lâcher prise par la présence dans l’instant

Nous ne pouvons rien sur le passé. Nous pouvons agir sur le futur par le présent.

Tout le futur du monde est contenu dans un seul instant, par la loi de cause à effet. Ainsi, l’instant présent contient la totalité du devenir, il est complet.

Avoir conscience de cela permet de lâcher prise avec le passé et le futur.

Seul le présent est le lieu d’expérimentation du lâcher-prise.

Si nous agissons avec Vairagya, sans vouloir prendre, obtenir pour soi, nos actes ne sèmeront pas de graines susceptibles de faire éclore la souffrance.

II.16. La douleur à venir peut et doit être évitée.

Vairagya : miroir qui nous permet de voir instantanément : là, j’ai le désir de prendre (ou de modifier ce qui est).

Vivre le présent, l’acte avec une attention vive (vivekin) sans se soucier des fuits des actes.

Exemple : vous venez de rentrer du boulot, vous ouvrez le frigo et décidez d’éplucher les haricots verts. Vous le faites à une vitesse folle, avec stress, en vous projetant déjà dans le temps de l’action sans avoir pris le plaisir de la vivre. Lâchez prise ! pourquoi vous dépêcher ? Il faut que les haricots soient cuits pour l’heure du dîner ? Pas de soucis, prenez votre temps et si ce n’est pas cuit, vous les mangerez demain ! Vous trouverez toujours quelque chose à manger ce soir…

Il n’y a rien de continu entre ce qui voit et ce qui est conscient de voir. A un moment t et à un moment t+1. La conscience ne dure pas. Elle est un moment. Et pourtant transmission de quelque chose, mémoire des actes, conséquences

.

III.53 ksana-tat-kramyoh-samyamat-viveka-jam anam

Par la samyama sur le temps et la marche du temps, on a la connaissance née de la discrimination, discernemant. Viveka

Le temps (qui passe) est fait de séquences (krama) d’instants (ksana). Observation méditative (samyama) sur l’instant et le temps permet viveka.

Chaque instant vécu comme un présent absolu, infini. Moment unique et sacré, dans une présence constante. Permet de comprendre et d’agir sans défaut.

Ex. Alors que je vous donne cet enseignement, suis-je dans l’instant, dans l’observation de ce qui est, dans l’attention et dans l’idée que j’ai tout le temps ? Et vous également ?

Autre ex. Vous êtes dans les embouteillages ou dans la queue d’un magasin. Vous aimeriez être ailleurs courir vers vos autres obligations du jour, pensant à tout ce que vous avez prévu de faire. Mais si vous prenez conscience de la cause de votre présence ici, de l’abandon au fait que si c’est ainsi c’est que ce n’est pas autrement et que cela provient de causes qui ne peuvent être modifiées, en étant dans l’acceptation, il ne vous reste plus qu’à être dans le contentement et le présent.

Une personne habitée par Vairagya est capable de poursuivre sa quête sans être pressée d’en finir pour aller prendre son dîner !

Arrêter de faire un sprint, mais agir comme dans une randonnée en montagne.

Pratiquer Vairagya c’est être ici et maintenant, le cœur ouvert à la présence attentive dans l’acte, c’est intégrer les contraires, sans attachement aux objets saisis par les sens, c’est un abandon en confiance au Purusha.

Création et lâcher-prise

La création est souvent – toujours ? – une expérience de lâcher prise. La maîtrise est dans la technique, mais pour le reste, il ne faut pas chercher à saisir pour que cela apparaisse.

Si je m’intéresse à la Mécanique quantique, c’est parce qu’elle nous mène au-delà de nos propensions à « saisir » le monde, elle nous force à baisser les armes de nos certitudes quant à nos capacités à comprendre la réalité ontologique. Comment en effet parvenir à saisir l’idée d’une matière qui soit tantôt mesurée comme onde, tantôt comme corpuscule, qui évolue dans le temps de manière déterminée, mais ne se mesure que de manière aléatoire ?

C’est finalement, un peu la raison qui me fait tant apprécier les kōan zen : cette invitation à lâcher l’appréhension habituelle des phénomènes : « Quel est le son d’une seule main qui applaudit ? ».

La création est une expérience de lâcher prise pour laisser venir ce qui est. Pour laisser émerger la puissance créatrice, l’harmonie des Dieux, pour laisser aussi s’abolir la distance entre soi et le reste.

Dans le monde soumis aux lois de la mécanique quantique, la matière ne prend de propriétés mesurables que si un observateur la mesure. Sans observateur, pas de caractères manifestes.

Qu’est-ce que la création sinon une émergence de l’œuvre par un observateur, une fusion de l’œuvre dans le soi, du monde dans l’œuvre, et du monde dans le soi ? Matsuo Basho, poète japonais du XVIIème siècle, donnait à ses disciples le conseil suivant. « Si vous voulez connaître le pin, allez jusqu’au pin, si c’est le bambou, allez jusqu’au bambou. La poésie naîtra quand vous serez devenus un, l’objet et vous. […] Aussi bien formulée que soit notre poésie, si votre sentiment n’est pas naturel, si vous et l’objet êtes séparés, votre poésie n’est pas une vraie poésie, mais tout au plus, une contre-façon de vous même. »[1].

Sabine Rabourdin

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