Une histoire que j’ai élaborée en lisant le livre d’Osho : Tantra suprême sagesse. Et dont le thème m’est cher puisqu’il rejoint l’enseignement sur le Yoga du Rêve avec lequel j’accompagne.
Un homme vint un jour trouver son maître, troublé par une question qu’il n’arrivait pas même à formuler. Il sentait, sans pouvoir le dire, que quelque chose lui échappait, comme si sa vie tout entière avait la légèreté d’un rêve, et qu’il n’y avait personne, jamais, pour s’en réveiller. Le maître l’écouta longtemps.
Puis il sourit. « Repose-toi, dit-il. Dors un moment. Nous parlerons après. » L’homme s’allongea et, malgré lui, glissa dans le sommeil. Il rêva. Et dans ce rêve, il vécut une vie entière. Il eut une maison, un visage aimé tout près du sien, des enfants dont il apprit les prénoms. Les saisons tournèrent. Il connut des joies et des deuils, des matins sans histoire, la douceur et la peur. Il vieillit. Et pas une seule fois, dans ce rêve, il ne se demanda si tout cela était vrai : cela était sa vie, simplement. Puis il s’éveilla. Un instant, il resta sans bouger, le cœur battant.
Le monde qu’il venait de quitter, ces années, ces visages, cet amour, s’était défait en un souffle. Tout avait paru si réel. Et il n’en restait rien. « Tu as dormi quelques minutes », dit le maître. L’homme allait rire de soulagement. Mais le maître le regardait avec une infinie douceur, et posa la question qui allait tout renverser : « Et ceci, cette pièce, ma voix, ton propre nom — qu’est-ce qui te dit que ce n’est pas, à son tour, un rêve dont tu ne t’es pas encore réveillé ? »
L’homme ouvrit la bouche, et ne trouva rien. Car il venait de comprendre : il tenait sa vie pour réelle exactement comme il avait tenu son rêve pour réel, sans l’avoir jamais vérifié, seulement parce qu’il était dedans. « Le rêve de la nuit et le rêve du jour sont faits de la même étoffe, dit le maître. Des images qui se lèvent, durent un temps, et s’effacent. Tes pensées, tes peurs, ton histoire, ton nom : autant de songes que tu prends pour toi. » « Alors, murmura l’homme, peut-on s’éveiller de celui-là aussi ? Se réveiller de la vie comme on se réveille d’un rêve ? »
« Regarde, répondit le maître. Cette nuit, dans ton rêve, qu’est-ce qui éclairait les choses ? Il n’y avait pas de soleil au-dehors ; tes yeux étaient clos. Et pourtant tu voyais. Quelle lumière montrait les chemins, les visages, le ciel de ton songe ? » L’homme comprit, et ce fut comme un frisson qui le traversa : cette lumière, c’était sa propre conscience. Une clarté sans lampe, qui n’éclairait pas du dehors, mais du dedans. « Cette même lumière, dit le maître, éclaire en ce moment cette pièce. Elle n’a pas changé. Elle a veillé sur les rêves de ta nuit comme sur ceux de tes journées. Les mondes passent devant elle ; elle demeure. C’est elle, ta source.
S’éveiller, ce n’est pas fuir le monde : c’est se retourner vers ce qui, en toi, n’a jamais dormi. » Et comme l’homme, pour la première fois, cessait de suivre les images pour sentir la lumière qui les portait, quelque chose en lui se dénoua. La peur du noir, du sommeil, de la mort, tomba d’un coup : on ne tremble que de perdre une image, et il n’était pas l’image, il était ce qui l’illumine. « « Ta vraie nature n’a jamais cessé de briller. Le rêve, seul, te faisait croire qu’elle s’était éteinte. » Au-dehors, le jour se levait, un jour de plus, un songe de plus, peut-être. Mais une lumière, en lui, venait de se reconnaître.

