Les différents niveaux de Samādhi

 

Pour les yogis, ce que l’on appelle samādhi représente des paliers de réalisation, chacun d’eux étant un samādhi particulier. Les Yoga Sūtra distinguent des subdivisions de samādhi :

Samâpatti ou Samādhi ?

Dans les Yoga-Sutras, le terme utilisé pour désigner l’état de fusion contemplatif est parfois nommé Samâpatti (I.41 à I.45) et parfois Samādhi (I.17, I.18, I.46, I.47). Nous allons considérer que Samâpatti et Samādhi veulent dire presque la même chose (Neal, Sutra n21xx), la différence étant que l’un est un fait et l’autre un état associé.

Imaginez que vous marchez avec votre amoureux dans la rue, et que l’un de vous tombe, en se raccrochant à l’autre, vous entrainant tous deux au sol, l’un contre l’autre, enlacés.

Vous êtes tombés ensemble, et vous êtes reliés. Vous vous découvrez en état de fusion, indifférencié.

Vous êtes en samādhi et vous êtes dans l’état Samâpatti.

Samâdhi : le fait de tomber intimement ensemble, reliés.

Samâpatti : l’état d’esprit dans lequel vous vous trouvez quand vous tombez intimement ensemble (pat : tomber-â : profondément-sam : ensemble).

Samadhi est la pratique, et Samâpatti l’état (cf Yoga sutra selon Iyengar).

Il y a « pat » dans Samâpatti qui veut dire tomber. Comme dans « tomber amoureux ». C’est un état qui nous dépasse, et qui impose un certain lâcher prise. Il faut lâcher prise pour tomber.

« Le Samâpatti est l’état d’esprit de celui qui perçoit et qui, ayant atteint le samadhi, brille de sa propre pureté ». « Les turbulences de la conscience périphérique sont apaisées. Le mental est comme un cristal qui reflète le support sur lequel il repose. Il réunit le connaissant, l’objet de connaissance et le moyen de connaissance (I.41) ».

Il me semble qu’il serait malencontreux de penser que cet état est un objectif à atteindre. En tant qu’état, il est là, et il n’y a pas à chercher à l’atteindre. De même que l’on ne se force pas à tomber amoureux. Par contre, on peut créer les conditions pour se rendre disponible à cet état. Se rendre disponible dans la méditation par exemple. Créer un espace et un temps pour méditer sur un objet donné.

Dans cette histoire là, ceux qui tombent ensemble « amoureux » sont le connaissant, le moyen de connaissance et l’objet de connaissance.

 

Les sous-catégories de samādhi

 

Maintenant que ces deux termes sont un peu plus clairs, on peut différencier ces états selon qu’ils sont avec ou sans discrimination et selon le type de support. La discrimination est le fait de raisonner, de séparer les choses, notamment avec sa mémoire.

Dans l’exemple de l’amoureux,

Avec ou sans mémoire/discrimination

  • avec mémoire et raisonnement, vous avez encore conscience de vous et de votre amoureux comme des personnes séparées, et vous êtes un peu gênés dans cette situation très rapprochée.
  • Sans mémoire ou raisonnement, vous et votre amoureux ne faîtes plus qu’un, et vous ne songez pas un instant à ce qui vous différencie.

Selon les objets

Les objets grossiers sont des objets physiques et pas conceptuels : une pomme, votre main, etc. Les objets subtils n’ont pas de consistance matérielle : temps, espace, causalité,…. Un amoureux est un support grossier (sans vouloir être péjoratif), vous pouvez aussi vous relier intimement à un concept, par exemple La Liberté…

Ces états peuvent aussi être atteints sans support. Par exemple sans amoureux. Vous pouvez atteindre l’état d’unité sans vous référer à un support en particulier.

Reprenons les grandes catégories de samādhi explicitées par les Yoga-Sutra, avec leurs noms sanskrits :

 

  • sans support (Yoga Sutra. 1-17 & 1-18)
  • avec mémoire : saṃprajñāta-samādhi, est caractérisé par l’activité mentale encore active ; la notion d’égo est encore présente.
  • sans mémoire : asaṃprajñāta(appelé aussi nirbīja samādhi) contemplation sans conscience, sans activité de la pensée, sans support. Dans cet état « supérieur » de fusion (Samâdhi), l’objet est directement perçu dans son existence propre. Il n’y a plus recours à la mémoire liée à l’utilisation des mots. Il ne reste plus de graines (I.51).

 

  • avec support (Yoga Sutra. 1-42, 1-43 & 1-47)
    • support grossier
  • avec mémoire : savitarka-samādhi (sa= avec) contemplation avec raisonnement (I.42)
  • sans mémoire : nirvitarka-samādhi (nir = sans) contemplation sans raisonnement (vitarka), sans mémoire (I.43).
    • support subtil
  • avec mémoire : savicāra-samādhi (sa = avec) contemplation avec discrimination (vicāra). Cet état est accompagné de l’activité du mental (vṛtti), centrée sur des objets subtils
      • sans mémoire : nirvicāra-samādhi (sans=nir) contemplation sans discrimination. Cet est une contemplation sans activité du mental (vṛtti), où temps, espace, causalité se sont résorbés, de sorte qu’il n’y a que vacuité.
    Avec raisonnement Sans raisonnement
sans support Yoga Sutra. 1-17 & 1-18 saṃprajñāta-samādhi asaṃprajñāta ou nirbīja samādhi
avec support Yoga Sutra. 1-42, 1-43 & 1-47 Support grossier savitarka-samādhi nirvitarka-samādhi
  Support subtil savicāra-samādhi nirvicāra-samādhi

 

Schémas

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