VIBHUTI PADA, chap 3 Yoga-Sutras, Traductions et commentaires

SR Janv 2022

Chapitre des pouvoirs

A propos de samyama (la méditation de l’unité) et ses 23 résultats

vibh : se manifester, être capable

Vibhuti : développement, puissance, succès, plénitude, pouvoirs

Pada : chapitre


Introduction du chapitre :

FM [1]:  « 

  • Dans le premier livre, Patanjali nous explique ce qu’est le Yoga : calmer les automatismes de la pensée pour permettre à la conscience profonde de se révéler et de nous ouvrir ainsi l’accès à la vie.
  • Dans le deuxième, il nous indique les moyens pratiques pour créer les conditions dans lesquelles cet État d’unité peut exister.
  • Dans le troisième, il décrit l’État heureux, les manifestations de puissance et d’Énergie qui sont le résultat de l’action juste, grâce à un mental déconditionné. Délivré de la dualité sujet/objet, on découvre de nouvelles aptitudes, on explore d’autres niveaux de conscience, tous les aspects de la vie sont différents. »

PCT :  « Les quinze premiers sutras de ce Livre III sont consacrés à la maîtrise du mental et les quarante sutras restants concernent les effets de cette maîtrise ; vingt-trois sont énumérés et tous se trouvent dans la ligne de l’expansion de conscience et de la démonstration des facultés psychiques. »

D’après moi, le chapitre III tient une place particulière parce qu’il évoque les “siddhis”, les pouvoirs. Il s’agit de conséquences qui émanent d’une pratique aboutie de la méditation. Leur statut est très paradoxal dans le sens où il y a une controverse au sujet de ces pouvoirs. En effet, les rechercher ou les obtenir serait un obstacle sur le chemin de la libération, dans le sens où ils risquent de renforcer l’attachement et l’ego. Et donc, la situation a tout d’un paradoxe : pourquoi consacrer 1/4 de l’ouvrage à ces pouvoirs et les renier dans le même temps ?

L’enjeu est de taille, car les pouvoirs associés ne sont pas des moindres : lévitation, télépathie, invisibilité, stabilité, compassion, connaissance du cours des planètes ou du fonctionnement du corps, et surtout s’il s’agit de mettre de côté ces pouvoirs acquis pour atteindre la libération. Alors ? Ne faut-il pas plutôt les voir comme un guide sur le chemin, des repères pour mieux savoir où l’on on est ? Ce qui est sûr c’est qu’il y une matière à explorer, et qu’elle est très peu exploitée. Par crainte, par méconnaissance ? Pour moi, il s’agit d’explorer différents supports de méditation, qui permettent de voir où on en est, sans risque d’égarement si on reste conscient des illusions, et que l’on reste centré.

VM : « La science du yoga explore le processus d’éducation à l’aide duquel la conscience humaine peut participer de façon volontaire à la mutation psychique.” “Patanjali appelle vibhûti ces pouvoirs potentiels contenus dans la conscience et l’organisme humains. C’est pourquoi il a consacré un chapitre entier, vibhûti pâda (chap III), au processus de l’éducation et de la purification. »

→ Définition des trois derniers Angas (membres du yoga).

CMT : « Les cinq premiers Angas (étapes) du Yoga éliminent, pas à pas, les causes extérieures de distraction mentale. Yama (les Règles ou les auto interdictions) et les Niyama (les Commandements) éliminent les dérangements causés par des désirs et émotions non contrôlés. L’Asana (la Posture) et le Prânâyâma (le contrôle du souffle ou prâna) éliminent les dérangements causés par les corps physique (physique dense et éthérique). Le Pratyâhâra (ou “déconnexion” des sens) en détachant les organes des sens du mental, exclut le monde extérieur et les impressions qu’il produit sur le mental. Le mental est ainsi complètement isolé du monde extérieur et le Sâdhaka (le Méditant) est ainsi en état de lutter avec lui-même, sans aucune gêne venant du dehors. Ce n’est que dans ces conditions que le succès est possible dans la pratique de Dhâranâ, Dhyâna et Samâdhi. Nous avons à présent la possibilité de traiter de la maîtrise du mental et de ses effets. »


III. 1. Desha-bandhash chittasya dhâranâ.

Dhârâna est le maintien du mental dans une aire délimitée

  • desha : lieu, espace, territoire
  • bandha : lien, fixation, relation, liaison, emprisonnement
  • chitta : mental, conscience périphérique
  • dhâranâ : concentration (de l’esprit accompagnée de l’arrêt du souffle).

La concentration est une action volontaire, un effort conscient, le choix délibéré de porter son activité mentale sur un support déterminé (FM).

Le mot dhâranâ, traduit globalement par concentration, signifie étymologiquement “qui tient”, “qui porte” ou “qui restreint”, et évoque l’idée d’une délimitation. Il convient de faire la distinction entre la notion introduite par le terme français de concentration, celle d’un rétrécissement graduel jusqu’au point hypothétique, et celle d’une détention, d’un maintien de quelque chose dans un espace donné, avec exclusion de toute autre chose de cet espace. Le travail menant à la soi-disant “concentration” ne consiste pas en un mouvement de resserrement, mais le fait de faire la distinction entre la chose que l’on veut garder dans l’espace réservé et les autres choses et l’exclusion de celles-ci de cet espace. PCT

Le premier pas à faire en vue de la concentration est la faculté de garder le mental fermement fixé sur le support choisi. Ce premier pas est l’un des stades les plus difficiles du processus de la méditation et il implique la faculté indéfectible de ramener constamment le mental à l’objet de sa concentration (ou l’espace du support). Les stades mêmes de la concentration ont été délimités par PCT et je les ai adapté selon ce qui me semble plus juste :

  • Le choix de “l’objet” sur lequel se concentrer.
  • L’application du mental à l’objet choisi pour la concentration.
  • La visualisation ou perception de cet objet.
  • Le fait d’étendre les concepts mentaux qui ont été formés, en les faisant passer, du plan spécifique ou particulier au général et universel, ou cosmique.
  • Une tentative pour arriver à ce qui gît au-delà de la forme considérée, ou d’atteindre la réalité qui est à l’origine de la forme (svarupa). Ce processus élève graduellement la conscience et permet à l’aspirant d’arriver à l’aspect vie de la manifestation, à la place de l’aspect forme ou “objets”.

Les objets sur lesquels se concentrer sont de quatre sortes :

  • Les objets externes ou formes faisant partie de la nature (l’étoile polaire par exemple).
  • Les objets internes, tels que les centres du corps énergétique (chakra du nombril par exemple, ou souffle udana).
  • Les qualités, telles que les diverses vertus, dans l’intention d’éveiller un désir pour ces vertus, et ainsi, de l’édifier au sein de sa vie personnelle (la bienveillance par exemple).
  • Les concepts mentaux, ou les idées incorporant les idéaux qui gisent à l’arrière-plan de toutes les formes animées. Ils peuvent se présenter sous la forme de symboles ou de mots (la légèreté par exemple).

Leur usage met le mental en état de soumission, de sorte que l’aspirant peut le faire agir selon son choix. Dès lors, le mental ne se disperse plus, n’est plus instable et dirigé vers l’extérieur, mais il est pleinement fixé dans l’attention.

Cette perception d’un objet, claire, tranquille et dirigée sur un point unique sans qu’aucun autre objet ne pénètre dans sa conscience, est d’une réalisation fort difficile, et lorsque cela peut être accompli en l’espace de douze secondes, d’après CMT, la véritable concentration est réalisée.

II 1.2. Tatra pratyaya-ekatânatâ dhyânam.
́La concentration soutenue (dharâna) est la méditation (dhyâna). (AAB)

Dhyâna est le fait de maintenir une attention exclusive sur un seul point (FM).

  • tatra : là, en ce lieu
  • pratyaya : conception, idée, objet d’expérience, contenu de la conscience
  • ékatâna : fixé sur un seul objet, attentif exclusivement à, s’étendre sans interruption
  • ta : faculté de
  • dhyâna : méditation, contemplation mentale

Dans la concentration, c’est le mental qui est sollicité. Dans la méditation, c’est la conscience profonde, l’étrêté. (FM).

Il ne s’agit donc pas de penser activement dans le sens de créer des idées et de les remuer, mais d’observer le flot du contenu du mental. La capacité de concentrer fermement le mental sur un objet étant obtenue, le pas suivant consiste à développer le pouvoir de garder la substance mentale ou chitta inébranlablement occupée de cet objet ou pensée, pendant une période prolongée. Cette méditation est encore avec semence ou avec un objet. L’attitude du pratiquant devient pure attention fixe ; son corps physique, ses émotions, son entourage et tous les sons et choses visibles sont perdus de vue ; le cerveau n’est conscient que de l’objet formant le thème ou la semence de la méditation et des pensées que formule le mental relativement à cet objet (BO).


II 1.3. Tad-Éva-artha-mâtra-nirbhâsam svarupa shunyam iva samâdhih.
́

Quand la chitta s’absorbe en ce qui est la réalité (ou l’idée enclose dans la forme) et n’a plus conscience ni d’une séparation ni du soi personnel, il s’agit de la contemplation ou samadhi (ou transfiguration). (AAB)
La conscience a traversé l’objet. Elle rejoint l’infini, le sans-forme, l’Absolu. C’est le Samâdhi. Il n’y a plus sujet/objet, mais fusion. C’est l’état d’unité (FM).

 

  • tad : cela
  • eva : même
  • artha : but, cause, objet, motif, cas, affaire, signification
  • mâtra : qui a pour mesure, n’étant que
  • nirbhâsa : éclat, splendeur, apparition
  • svarupa : forme, substance
  • shunya : vide de
  • iva : comme si

Le moyen le plus simple de comprendre ce sutra consiste à se rendre compte que toute forme ou objet est une vie manifestée. Les mots et les phrases ne sont qu’un effort du mental. Donc difficile de décrire un état ou le mental est transfiguré ! Dans le samadhi, le Yogi perd de vue

  • Les notions du plan physique se rapportant au temps et à l’espace.
  • Ses réactions émotives
  • Ses activités mentales

Il est cependant intensément vivant et alerte, positif et éveillé ; car le cerveau et le mental sont fermement tenus en bride par lui et il en fait usage sans aucune intervention de leur part.

Cela signifie littéralement que la vie indépendante des formes à travers lesquelles fonctionne le soi réel est tranquille, pacifiée et subjuguée. Il a perdu de vue tout sens de séparation, ou de soi personnel inférieur ; il s’identifie avec l’âme de la forme qui a fait l’objet de sa méditation. Grâce à la facilité avec laquelle se déroule le processus de méditation, il peut centrer cette lumière sur quelque objet de son choix et se mettre “en rapport” avec la lumière que cache cet objet. Cette lumière est alors reconnue pour être une en essence avec son propre centre de lumière, et la compréhension, la communication et l’identification sont alors rendues possibles.

Quand l’aspirant passe de Dhyâna (méditation) au Samâdhi, alors il perd totalement la conscience de soi et le portail qui conduit au monde de la réalité peut enfin s’ouvrir. Patanjali appelle cette disparition de la conscience du mental de lui-même : “Svarûpa Shûnyam Iva”. Ce qui signifie : “La forme propre ou nature essentielle du mental disparaît pour ainsi dire”.

Examinons soigneusement cette expression car chaque mot est important.

Qu’est-ce que Svarûpa ?

Tout dans la manifestation a deux formes. Une forme exprimant sa nature superficielle et non essentielle qui est appelée Rûpa, et une forme interne qui constitue l’essence même, ou substance, de sa vraie nature, qui est appelée Svarûpa. le Rûpa (la forme superficielle). Le Svarûpa (la forme intérieure ou essentielle) est la conscience Cette conscience petit à petit, devient plus faible tandis que la Dharâna (concentration) passe au Dhyâna (méditation) et que la concentration du mental augmente en Dhyâna. Mais elle est pourtant présente, bien qu’affaiblie, dans tous les degrés de Dhyâna et ce n’est que lorsqu’elle disparaît totalement que le Dhyâna se transforme en Samâdhi.

Voici, sous une forme schématique, ce qu’explique ce sutra. Rappelons les termes utilisés :

  • Dhâranâ = concentration ;
  • Dhyâna = méditation.
  • Rûpa = forme externe superficielle d’un objet
  • Svarûpa = forme interne essentielle d’un objet
  • Pratyaya = contenu du mental à un certain moment.

Au début de Dhâranâ, le contenu du mental (Pratyaya) est :  La conscience de soi + Rûpa (la forme externe de l’objet de la méditation).

Aux divers degrés de Dyâna le contenu du mental est : la conscience de soi + Svarûpa. Les divers degrés de la méditation se caractérisent par un affaiblissement progressif de la conscience de soi. En Samâdhi, nous avons dans le contenu du mental : UNIQUEMENT SVARUPA, la conscience de soi étant complètement éteinte.

Ce dernier terme, Samadhi, est plus compliqué à décrire. Il est question de connaissance directe, non séparée. Cela veut dire que vous et l’objet de méditation ne sont plus considérés comme séparés. La méditation sur le son est une bonne pratique pour sentir cette non séparation. La source du son sur lequel nous méditons peut sembler éloignée. Le son est non localisé, il est tout autour de nous et nous traverse même. Méditer sur un objet est plus difficile, mais l’idée d’omnipénétration est aussi valable, car la lumière aussi pénètre tout, et la lumière de l’objet sur lequel vous méditez pénètre en vous et est étendue dans toute les directions. Il n’y a pas de frontière entre vous. Atteindre cette connaissance sans séparation passe par le non jugement. Dès lors que vous jugez ou analysez, vous créez une séparation. C’est un peu comme jouer d’un instrument de musique avec deux rythmes différents dans chaque main (tablas, batterie, etc.). Si vous vous concentrez sur le rythme de votre main droite, aussitôt vous perdez le rythme de votre main gauche. C’est avec une forme de recul et d’ouverture de votre conscience, que vous pouvez rester longtemps dans le rythme des deux mains de manière harmonieuse.

Il y a une idée d’amour dans samadhi, comme si on tombait en amour fusionnel avec notre support

Pour la suite traduction et commentaires de FM
→ Le Samyama [3 à 15].

III.4. Trayam Ékatra samyamah.
L’accomplissement des trois est le Samyama.
traya : triade, trinité
Ékatra : ensemble
samyama : maîtrise parfaite, conscience totale
Quand Dhyâna est parfaitement réalisée, c’est le Samâdhi. On est en relation directe avec ce que l’on appréhende, sans l’intervention de la pensée, totalement et dans l’instant. Le je disparaît. On n’est plus limité par l’activité des sens, on agit naturellement et instantanément de façon adéquate. Le Samyama est l’usage, la conséquence de l’État de méditation, le comportement induit par l’État d’unité.


III.5. Taj-jayât prajnâ-âlokah.
́ La pratique du Samyama donne l’Éclat de la connaissance.
tad : cela
jayât : grâce à la conquête, à la victoire
prajnâ : connaissance, intelligence, sagesse, jugement
âloka : vue, aspect, Éclat, apparence
C’est une connaissance totale et immédiate, au-delà des sens. En présence de quelqu’un, on sait qui il est, sans avoir recours à l’expérience, trop ancrée dans le passé pour être fiable, ou à la déduction. La méditation n’est pas un État d’esprit, mais un État de l’être tout entier. On vit dans la méditation ou on ne vit pas en elle, dit Vimala Thakar.

III.6. Tasya bhumÎshu viniyogah.
Son application pratique se fait par Étapes, d’un territoire conquis à un autre.
tasya : de celui-ci
bhumi : terre, sol, endroit, territoire, position, Étendue,
limite
viniyoga : méthode de travail, discipline
Ces Étapes, cette gradation, Évoquent le chemin spirituel sur lequel on avance pas à pas, le seul effort nécessaire Étant celui de vigilance qui permet de dénouer un nœud, un autre. Une prise de conscience ouvre sur le lâcher-prise, ce qui nous encombrait nous
abandonne progressivement. C’est l’image des voiles qui s’Écartent, redonnant à la conscience sa clarté originelle.


→ L’État de pure conscience.


II 1.7. Trayam antar-angam pûrvÉbhyah.
Ces trois aspects du yoga sont plus intérieurs que les précédents.
trayam : triade
antar-angam : intérieur, interne
purva : précédent, premier.
Yamas, Niyamas, Asana, Prânayâma sont les moyens pratiques. Ils constituent la voie externe dans laquelle l’attention volontaire est encore fréquente. On aborde
avec le Samyama la voie interne où l’effort d’attention cède la place à l’État d’attention.


III.8. Tad api bahir-angam nir-bÎjasya.
́Et ceci est encore plus extÉrieur [que le Samâdhi Nirbija]
tad : ceci
api : mais, tout au moins
bahir-angam : extÉrieur
nir-bÎja : sans semence
Cette fusion n’est pas encore l’Étape ultime sur la voie de la conscience. Nos actions non désintéressées ont déposé en nous des semences qui peuvent Éclore dès
que les circonstances s’y prêtent.
La peur de perdre, le désir de prendre, de garder, peuvent n’apparaître que dans certaines circonstances en dehors desquelles on peut s’imaginer qu’on en est libéré. Piège de l’autosatisfaction, présent sur tout chemin spirituel.


III.9. Vyutthâna-nirodha-samskârayor abhibha-va-prâdurbhâvau nirodha-kshana-chitta-
anvayo nirodha-parinâmah.
Nirodha Parinâma ou Étape de la suspension, se produit ou non, selon qu’apparaissent ou
s’apaisent les conditionnements que nous lègue notre passé.

vyutthâna : réveil
nirodha : arrêt, répression, suppression
samskâra : résidu des vies antérieures, imprégnations
ÉnergÉtiques, mÉmoires, forces de l’habitude
abhibhava : disparition, suppression
prâdhurbhâva : apparition
kshana : moment, instant, loisir, occasion, opportunité
chitta : conscience périphérique, mental
anvaya : suite, lieu, liaison, relation.
parinâma : maturation, transformation, résultat, conséquence
Vritti nirodhah, dit le Sutra 2 du premier livre. L’arrêt des Vrittis apaise le mental et donne un calme intérieur. La suppression des Samskâras opère de la même façon, mais à un niveau plus profond, celui des imprégnations du corps subtil, Énergétique, qui
viennent des Émotions, des traumatismes, non seulement dus à la vie présente, mais aussi aux vies antérieures, ou au patrimoine génétique.
Calmer les pensées automatiques est relativement facile par la pratique du Yoga, effacer les blessures de l’inconscient demande déjà une certaine transparence de la conscience périphérique pour atteindre ces couches profondes.


III. 10. Tasya prashânta-vâhitâ samskârât.
En fonction de l’imprégnation que laisse celui-ci [le Nirodha Parinâma], le flot du
mental s’apaise.

tasya : de cela
prashânta : apaisé, tranquillisé, calmÉ, Éteint, Évanoui,
disparu vâhitâ : flot, flux
samskâra : trace du passé au niveau Énergétique
Bénéfices secondaires des imprégnations positives qui s’opposent à la formation d’autres traces, plus gênantes ou douloureuses. Déjà au Sutra 50 du livre I, il Était
ainsi question de l’imprégnation due au Samâdhi.


III.ll. Sarvârthatâ-Ékâgratayoh kshaya-udayau
chittasya samâdhi-parinâmah.
A ce stade de l’Évolution de la conscience, que l’on appelle Samâdhi Parinâma, ce ne sont
encore que des moments d’attention exclusive.

sarva : tout
artha : but, cause, fait, réalité
Ékâgrata : attention exclusive
kshaya : diminution, ruine, perte
udaya : apparition, production, succès
chitta : conscience périphérique, mental
Ce n’est pas encore le Samâdhi sans graines. Les graines du passÉ peuvent encore germer et entraîner la conscience dans les automatismes, dans la dispersion.


III. 12. Tatah punah shânta-uditau tulya-pratyayau chittasya Ékâgratâ-parinâmah.
Dans la phase d’Évolution que l’on appelle Ekâgrata Parinâma, il y a alternance Égale
d’activité et d’apaisement de la conscience face à l’objet d’expérience.

tatah : alors
punah : encore
shânta : calmé, apaisé
udita : accru, produit
tulya : Égal, Équivalent
pratyaya : champ, objet d’expérience
chitta : mental
Rien n’est encore définitif. La méditation n’est pas
encore totalement État de méditation. Il y a des reprises de l’activité du mental.

→ L’Évolution de la conscience donne accès aux Siddhis.


III. 13. etena bhuta-Îndriyeshu dharma-lak-shana-avasthâ-parinâma vyâkhyâtâh.

́ Cela explique les modifications intrinsèques qui se manifestent au niveau de la nature
profonde et des organes sensoriels.
etena : par, au moyen de cela
bhuta : Éléments naturels
indriya : organes des sens
dharma : ordre, nature d’une chose, qualité fondamentale
Iakshana : marque, signe, attribut
avasthà : État, condition, espèce
parinâma : changement, modification
vyâkhyâta : expliqué
Quand le niveau de conscience se modifie, la perception du monde Également, en harmonie avec la conscience.


111.14. Shânta-udita-avyapadÉshya-dharma-anu-pâtÎ dharmÎ.
́ Tout objet se fonde sur l’êtreté, qu’elle soit manifeste ou non.

shânta : apaisé
udita : accru, produit
avyapadÉshya : non manifesté
dharma : qualité fondamentale, essentielle
anupâti : qui découle de, se fonde sur
dharmin : porteur des qualités fondamentales


II 1.15. Krama-anyatvam parinâma-anyatvé hé-tuh.
́ La diversité des lois naturelles est cause de la diversité dans le changement.
krama : démarche, chemin, ordre, devenir, destin, succession
anyatva : différence, diversité
parinâma : modification
hÉtu : cause
Tout change, à chaque instant. Comme il est vain de vouloir que les choses durent !


III. 16. Parinâma-traya-samyamâd atÎta-anâgata- jnânam.
Grâce au Samyama, on a la connaissance du passé et du futur.
parinâma : transformation
traya : triade
atîta : passé
anagâta : futur
jnâna : connaissance
A ce stade d’Évolution de la conscience, on transcende la perception normale du temps, linéaire, et limité â notre vie terrestre. Certaines images mentales qui nous viennent parfois,
spontanément, et qui s’inscrivent dans un autre environnement que celui de notre vie présente, nous donnent un Éclairage ponctuel sur les mémoires du passé, créant un pont sur l’infini. Nous avons alors le sentiment d’appartenir à l’univers, à cette conscience-Énergie sans commencement ni fin.

Sutra III.40 Samyama Sur le souffle Udâna : « Udâna-jayâj jala-panka-kantaka-âdishv a-sanga ut-krantisn cha ».

« Grâce à la maîtrise de l’Udâna, on peut s’élever au-dessus de l’eau, de la boue et des épines, et ne pas en être affecté »

  • jaya : victoire, conquête, maîtrise
  • udâna : souffle (d’expiration qui monte vers le haut)
  • jala : eau, liquide
  • panka : boue, fange, masse
  • kantaka ‚di-cha : épine
  • a-sanga : non contact, non touché, non affecté
  • utkrânti : fait de se lever, lévitation
  • cha : et

Commentaire de Françoise Mazet : Le Yoga distingue cinq souffles : Prâna, Apâna, Samâna, Udâna et Vyâna. La maîtrise de chacun d’eux donne des résultats particuliers. Udâna (je vais plutôt l’orthographier udhana, pour plus de simplicité) étant un expir dirigé vers le haut permettrait la lévitation attestée depuis toujours au nombre des pouvoirs. Enfin, et surtout, par la pratique de la respiration, on peut s’élever au-dessus de ses problèmes, soucis, et difficultés, et retrouver la sérénité d’un mental apaisé. »

Mon commentaire : Je n’ai jamais tellement accroché avec le concept des 5 souffles en yoga : le corps serait décomposé en 5 souffles vitaux. Car ça ne renvoie pour moi à rien de palpable, et du coup je les voyais comme des concepts hasardeux qui auraient aussi bien pu se décliner totalement différemment. En fait je me trompais sur au moins un point. Il ne s’agit pas de découper le corps en 5 souffles, mais le corps subtil… Ou appelons-le « le corps pranique », ou encore énergétique. Et la différence est de taille, car le corps physique n’est que peu concerné par cette histoire. Certes il y a bien des vocations de certaines parties du corps à l’élimination (udhana, organes digestifs), d’autres à l’équilibre (systèmes sympathique), etc. Mais là où je bloquais c’était sur le passage à une autre enveloppe. Je voulais absolument trouver des correspondances avec le corps physique, alors qu’il me suffisait de faire un saut. Un saut presque quantique ! Car en l’occurrence, moi qui n’aime pourtant pas les analogies trop rapides avec la physique quantique, là il s’agit bien de changer d’échelles. De même que les lois de la physique ne s’appliquent qu’à l’échelle microscopique (sauf exceptions), les lois des 5 souffles s’appliquent à l’échelle pranique  Bien sûr, il y a des effets sur le corps physique de même que les effets des lois quantiques de l’échelle micro a des effets sur l’échelle macro. Je vous ai perdus ? En tous cas, l’idée est assez simple, il est trompeur de vouloir transposer les concepts de l’échelle subtile à l’échelle du corps physique. Du coup, pour naviguer dans ce monde subtil, il reste à trouver des points d’entrée perceptibles. Les analogies peuvent aider, c’est pour cela qu’on se réfère aux correspondances avec le corps physique, ou bien aux visualisations (visualiser des symboles, des vagues, des ondes de lumière…). Selon les personnes, ces visualisations fonctionnent plus ou moins bien. Il s’agit alors de trouver pour chacun l’analogie qui fonctionne la mieux. On peut aussi se référer à d’autres sens (toucher, odorat, sons…). Pour en revenir au sutra sur udhana, j’ai donc choisi de m’appuyer sur la fonction associée à ce souffle vital. Sa fonction est l’expression (expression de soi, créativité…). Et cela je l’ai vraiment senti. Percevoir ces souffles vitaux comme des impulsions, cela me parle vraiment. J’ai senti en moi l’impulsion créative, et l’envie de m’exprimer par la voie, par les mots, le chant, l’intention posée dans le langage… Et alors seulement m’est venue la sensation physique de ressentir cette impulsion se propager dans ma gorge, dans mes bras, mon visage. Ces lieux d’expression et de créativité : les bras, mains, les cordes vocales, la bouche, le visage. Cette impulsion d’expression créatrice est la base de ce souffle vital. Et elle s’exprime à travers ces organes. Les zones de blocages dans la voix, dans le visage, les mains sont des freins à la pleine circulation de ce souffle. Ainsi en méditant par samyama sur ce souffle, on peut libérer ces blocages et s’élever dans la plénitude de l’expression de soi, au-delà des épines et de la boue. Quant à léviter…
« 40. La vie montante (l’udhana) étant subjuguée, il y a libération à l’égard de l’eau, du sentier épineux et du bourbier ; le pouvoir d’ascension est ainsi acquis. (AAB)
40. Par la concentration de son mental sur l’énergie vitale appelée Udâna et par la maîtrise de cette énergie, l’ascète acquiert le pouvoir d’éviter l’immersion dans l’eau et l’enlisement, et de se dégager de toute matière pouvant l’ensevelir. (WQJ)
40. Par la maîtrise sur udâna, la lévitation et le non-contact avec l’eau, la boue, les épines, etc. (PCT)
M.C. Descamps : par la maîtrise d’Udâna, on obtient la lévitation et la marche sur l’eau, la boue, les épines.

Judge commente : Udana est le nom donné à l’un des “airs vitaux”. Ceux-ci constituent en fait certaines fonctions nerveuses pour lesquelles notre physiologie n’a pas de noms et dont chacune remplit son propre office. On peut dire qu’en les connaissant et en sachant les diriger, un homme devient capable de modifier, à volonté, la polarité de son corps physique. Les mêmes remarques s’appliquent aussi à l’aphorisme suivant.
Toute la science du Raja-Yoga est basée sur la compréhension de la nature, du dessein et de la fonction de l’âme. La loi fondamentale de cette science peut se résumer par l’expression : “l’énergie suit la pensée”, et l’ordre dans lequel l’action se déroule peut être établi comme suit :
Le penseur sur son propre plan formule une pensée incorporant quelque dessein ou désir. Le mental vibre en réponse à cette idée et produit simultanément une réaction correspondante dans le corps karmique, le corps du désir ou corps émotif. Le corps d’énergie, l’enveloppe éthérique, vibre synchroniquement et provoque une réponse du cerveau, qui transmet de l’énergie au système nerveux à travers tout le corps physique, de sorte que l’impulsion du penseur se résout en activité du plan physique. C’est grâce à la compréhension de la méthode par laquelle l’énergie se répand dans les nerfs, que le penseur peut galvaniser son instrument pour le mettre en activité pendant l’incarnation et produire indifféremment la transe, le Samâdhi ou la mort »[2].

Quelques exemples de supports de méditation issus du chapitre III des Yoga-Sutras

Grâce au Samyama sur :

III.18. les imprégnations latentes en nous, on a la connaissance des vies antérieures.
III.21. sur l’apparence formelle du corps, on le rend invisible en supprimant la faculté d’être  vu, grâce à la dissociation de la lumière qu’ilcréfléchit et de l’oeil qui le regarde.
III.24. sur la bienveillance développe les pouvoirs correspondants.
III.26. sur le Centre, on connaît le subtil, l’invisible, l’inaccessible.
III. 27.sur le soleil donne la connaissance de l’univers.
III. 28. Sur la lune, il permet de connaître l’ordre cosmique.
III. 29. Sur l’étoile Polaire, le cours des planètes.
III. 30. Sur le Chakra du nombril, la physiologie du corps.
III. 31. Sur celui de la gorge, on supprime la faim et la soif.
III. 32. Sur la Kurma Nadi, on obtient la stabilité.
III. 33. Sur Sahasrara Chakra, la vision spirituelle des êtres réalisés.
III. 35. sur le coeur, on a la connaissance parfaite du mental.
III. 36. sur le Centre, on connaît le Purusha

III. 42. sur la relation entre le ciel et l’ouie, celle-ci devient supranormale.
III. 43. sur relation entre le corps et l’espace et une osmose avec le léger, on peut se déplacer dans l’espace.
III. 45. sur le but, la fonction et la relation entre leur apparence grossière, leur forme et leur essence
subtile, on obtient la maîtrise des cinq éléments
III. 48. sur le pouvoir de perception du corps, sa substance propre, le sentiment d’exister qu’il procure et la relation entre ses caractéristiques et ses fonction, on obtient la maîtrise des sens.


[1] Françoise Mazet (Albin Michel 2010) FM

[2] Etude comparative et ésotérique du sanscrit, d’après les œuvres d’Alice Ann Bailey,
De William Quan Judge, d’I.K. Taimni, de Phan-Chon-Tôn, Ainsi que de Swami Vivekânanda, Charles Johnston, Ganganatha Jha et James Haughton Woods.
A la lumière de l’enseignement du frère tibétain Djwal Kuhl 2012 bouddhi@live.fr (BO)

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