
Ce texte est un résumé du texte de Fabrizio Speziale (EHESS-CEIAS), « Le monde de l’ascèse au temps des Moghols. Du yoga dans la culture indo-persane » Ysé Tardan-Masquelier (dir.), Yoga, l’encyclopédie, Albin Michel, Paris, p. 339-343
On imagine souvent que le yoga n’a quitté les cercles hindous qu’au XXe siècle, en partant vers l’Occident. Fabrizio Speziale montre une autre histoire. Dès le Moyen Âge, le monde musulman s’intéresse de près au yoga, et cet intérêt n’a jamais cessé. Aujourd’hui encore, des milliers de personnes le pratiquent du Maroc à l’Indonésie.
Des textes en arabe et en persan
Au XIe siècle, le savant al-Bîrûnî traduit déjà les Yoga Sûtra de Patañjali en arabe. Après la fondation du sultanat de Delhi (1206), puis sous l’Empire moghol, des centaines d’ouvrages en persan décrivent les religions et les sciences de l’Inde. Parmi eux, on trouve des textes sur le souffle, les postures de méditation, les mantras et les cakras. Le plus diffusé, l’Amrtakunda, circule jusqu’au XIXe siècle en arabe, en persan, en turc et en ourdou. Des encyclopédies médicales décrivent aussi les souffles des deux narines, liés au soleil et à la lune, et leurs effets selon les éléments.
Quand les soufis rencontrent les yogis
Certains maîtres soufis critiquent les yogis. Pourtant, ce sont les soufis qui dialoguent le plus avec eux : les yogis fréquentent leurs lieux de retraite. Plusieurs maîtres intègrent des pratiques yogiques dans leur enseignement. Les syllabes aum et hûm sont ainsi rapprochées du dhikr, l’invocation soufie des noms divins. D’autres auteurs préfèrent mettre côte à côte le système des cakras et les centres subtils du soufisme, les latâ’if, sans les fondre l’un dans l’autre. Grâce aux réseaux soufis, ces textes voyagent jusqu’à Istanbul, chez les derviches tourneurs, et jusqu’à Java.
Des yogis musulmans
La rencontre va dans les deux sens. Des hindous rejoignent des ordres soufis, et des lignées de yogis musulmans se forment, surtout chez les Nâths. Le recensement indien de 1901 compte plus de 43 000 yogis musulmans, dont environ la moitié sont des femmes. Ascètes errants, guérisseurs ou astrologues, certains récitaient une prière propre pendant le ramadan. Quelques lignées survivent encore aujourd’hui, comme des musiciens qui chantent le répertoire nâth en Uttar Pradesh.
0 commentaire